Remise en question de la chronologie de l'histoire, par Garry Kasparov (par le BBB) - Février 2012

Depuis l'enfance, l'histoire ancienne et le Moyen-Âge m'ont inspiré et passionné, j'ai également une bonne mémoire, ce qui me permet de me souvenir des événements historiques, des dates, des noms et des détails qui s'y rapportent.

Donc, après avoir lu de nombreux ouvrages d'histoire, j'ai analysé et comparé les informations et, peu à peu, j'ai commencé à ressentir qu'il y avait quelque chose qui ne collait pas avec les dates de l'antiquité.

Il y avait trop de contradictions impossibles à expliquer dans la structure de la chronologie traditionnelle.

Par exemple, examinons ce qu'on nous apprend sur la Rome antique.

(par le bistrobarblog)

Être champion du monde d'échecs et remettre en question des aspects de l'histoire n'est pas incompatible, la preuve...Kasparov dit dans son article qu'il a une très bonne mémoire, on le croit volontiers.

Mathématiques du passé

Garry Kasparov (né en 1963) a gagné le titre de champion du monde d'échecs en 1985, à l'âge de 22 ans. Il est resté classé joueur n°1 mondial pendant 255 mois, durée de loin la plus longue de tous les temps et presque trois fois plus longtemps que son plus proche rival, Anatoly Karpov. En 1997, lors d'un défi historique qui a fait les gros titres partout dans le monde, il a battu le superordinateur d'IBM Deep Blue. 

Depuis l'enfance, l'histoire ancienne et le Moyen-Âge m'ont inspiré et passionné, j'ai également une bonne mémoire, ce qui me permet de me souvenir des événements historiques, des dates, des noms et des détails qui s'y rapportent. Donc, après avoir lu de nombreux ouvrages d'histoire, j'ai analysé et comparé les informations et, peu à peu, j'ai commencé à ressentir qu'il y avait quelque chose qui ne collait pas avec les dates de l'antiquité. Il y avait trop de contradictions impossibles à expliquer dans la structure de la chronologie traditionnelle. Par exemple, examinons ce qu'on nous apprend sur la Rome antique.

L'ouvrage monumental, Le Déclin et la Chute de l'Empire Romain, écrit par l'historien érudit anglais Edward Gibbon (1737-1794), est une riche source d'informations détaillées sur l'histoire de l'empire romain. Avant de commenter ce livre, permettez-moi de remarquer que je ne peux imaginer comment – avec leurs vastes territoires – les romains n'ont pas utilisé de cartes de géographie, comment ils ont administré le commerce sans système bancaire et comment l'armée romaine, sur laquelle reposait l'empire, fut incapable d'améliorer ses armes et ses tactiques militaires pendant neuf siècles de guerres. Avec la seule aide des mathématiques, il est possible de découvrir dans l'histoire ancienne de spectaculaires contradictions, dont les historiens ne semblent pas tenir compte. Analysons-en quelques unes.

E. Gibbon donne une description très précise de la légion romaine, qui "...était divisée en 10 cohortes... La première cohorte, …se composait de 1105 soldats... Les 9 autres cohortes consistaient chacune en 555 soldats,... Le corps entier de l'infanterie de légionnaires se montait à 6100 hommes".

Il écrit aussi, "La cavalerie, sans laquelle la force de la légion serait restée imparfaite, était divisée en 10 troupes ou escadrons ; la première, en tant que compagne de la première cohorte, se composait de 132 hommes ; alors que chacune des 9 autres ne donnait qu'un total de 66 hommes. L'établissement complet formait un régiment …de 726 chevaux, attribués naturellement à sa légion respective..."

Il donne pour finir une estimation exacte de la légion romaine : "Nous pouvons calculer, pourtant, que la légion, qui était elle-même un corps de 6831 romains, pouvait, avec son personnel auxiliaire, se composer d'environ 12.500 hommes. L'ordre garant de la paix de l'empereur Hadrien et de ses successeurs comportait pas moins de 30 de ces formidables brigades ; et se composait très probablement d'une force permanente de 375.000 hommes".

Cette énorme force militaire de 375.000 hommes, entretenue en temps de paix, était plus importante que l'armée napoléonienne dans les années 1800. Après 1800, Napoléon gérait généralement des armées de 250.000 hommes. (source : Encyclopédia Britannica online)

Laissez-moi souligner que toujours selon l'Encyclopedia Britannica, "Les batailles sur le continent au milieu du 18ème siècle impliquaient des armées d'environ 60.000 à 70.000 hommes de troupe".

Bien sûr, une armée avait besoin d'armes, d'équipement, de fournitures, etc.

De nouveau, E. Gibbon nous donne un luxe de détails : "En plus de leurs armes, que les légionnaires  considéraient comme peu encombrantes, ils étaient chargés de leur cantine, des instruments de fortification, et de provisions pour plusieurs jours. Sous ce poids, qui accablerait la fragilité d'un soldat moderne (ne pas oublier que l'auteur est mort peu après la révolution française...NdT), ils s'entraînaient à des marches régulières, 6 heures environ, presque 32 kilomètres. À l'apparition de l'ennemi, ils se débarrassaient de leurs bagages et par des évolutions simples et rapides transformaient la colonne de marche en ordre de bataille".

Cette description de la forme physique d'un soldat romain moyen est extraordinaire. Elle nous amène à la très étrange conclusion que, à un moment donné, la race humaine a régressé dans sa capacité à assurer les problèmes physiques. Est-il possible qu'il y ait eu un déclin graduel de la race humaine, avec des centaines de milliers d'athlètes du genre Schwarzenegger des temps romains évoluant vers des chevaliers au moyen-âge avec des corps relativement fragiles (comme les garçons ado d'aujourd'hui), dont les armures sont aujourd'hui fièrement exposées dans les musées ? Existe-t-il une explication biologique ou génétique raisonnable à ce changement spectaculaire affectant la race humaine sur une si courte période de temps ?

Pour doter d'armes une telle armée, toute une industrie a dû être nécessaire. Dans son livre, E. Gibbon mentionne explicitement des armes en fer (ou même en acier) : "En plus d'une lance plus légère, le soldat légionnaire empoignait dans sa main droite le formidable pilum..., dont la longueur maximum était de 1,80 m et qui se terminait pas une pointe d'acier massive triangulaire de 45 centimètres". À un autre endroit, il indique, "L'usage de lances et de masses d'acier..."

On pense que l'extraction du fer à partir du minerai était très courante dans l'empire romain. Cependant pour fondre du fer pur, il faut chauffer à 1539°C, ce qui ne pouvait se faire en brûlant du bois ou du charbon sans les haut-fourneaux inventés plus de 1000 ans plus tard. Même au 15ème siècle, le fer produit était de très mauvaise qualité parce que de grandes quantités de carbone devaient être ajoutées pour abaisser la température de fusion à 1150°C. Il y a aussi la question des ressources suffisantes – les haut-fourneaux utilisés au milieu du 16ème siècle nécessitaient de grandes quantités de bois pour produire du charbon de bois, procédé coûteux et sale qui a conduit à la déforestation finale de l'Europe. Comment l'ancienne Rome a-t-elle pu soutenir une production de fer de qualité sur une échelle nécessaire pour fournir des milliers de tonnes d'armes et d'équipements à sa vaste armée ?

Si on fait simplement une estimation de la taille de l'armée, nous pouvons conclure que la population de l'empire romain oriental et occidental dans le deuxième siècle après J-C était au moins de 20 millions d'habitants, mais elle aurait pu être de 40 ou même 50 millions. Selon E. Gibbon, "L'Italie d'alors … possédait 1197 cités." La cité de Rome avait plus d'un demi-million d'habitants, et il y avait d'autres grandes cités dans l'empire. Toutes ces villes étaient reliées par un réseau de routes publiques pavées, leur longueur mise bout à bout faisait plus de 6400 km ! Ce qui ne pouvait être possible que dans une société technologiquement avancée. Selon J.C. Russel, au 4ème siècle la population de l'empire romain de l'occident était de 22 millions (y compris 750.000 habitants en Angleterre et 5 millions en France), alors que la population de l'empire romain de l'orient était de 34 millions.

Il n'est pas difficile de déterminer qu'il y a un sérieux problème avec ces chiffres. En Angleterre, la population, de 4 millions au 15ème siècle, est passée à 62 millions au 20ème siècle. Pareillement en France, une population d'environ 20 millions au 17ème siècle (pendant le règne de Louis XIV), est passée à 60 millions au 20ème siècle...et cette croissance s'est faite malgré des pertes dues à plusieurs guerres atroces. Nous savons par les archives historiques que pendant les seules guerres napoléoniennes, environ 3 millions de gens périrent, la plupart étant des hommes jeunes. Mais il y a eu aussi la révolution française, les guerres du 18ème siècle dans lesquelles la France a souffert de lourdes pertes et la boucherie de la première guerre mondiale. En supposant un taux de croissance constant de la population, il est facile d'estimer que la population de l'Angleterre a doublé tous les 120 ans, alors que celle de la France a doublé tous les 190 ans.

Le graphique montrant la croissance hypothétique de ces deux paramètres est exposé dans la figure 1. Selon ce modèle, aux 4ème et 5ème siècles, à la chute de l'empire romain, la population (hypothétique) de l'Angleterre aurait dû être de 10.000 à 15.000, alors que la population de la France aurait été de 170.000 à 250.000. Cependant, selon les estimations basées sur les documents historiques, les populations se chiffreraient par millions.

Il semble qu'à partir du 5ème siècle, il y a eu des périodes durant lesquelles la population européenne a stagné ou diminué. Des tentatives d'explications logiques, comme une mauvaise hygiène, des épidémies, et une courte durée de vie, peuvent difficilement résister à la critique. En fait, du 5ème au 18ème siècle, il n'y a pas eu d'amélioration sensible des conditions sanitaires dans l'Europe de l'ouest, il y avait de nombreuses épidémies et l'hygiène était mauvaise. De même l'introduction des armes à feu au 15ème siècle a entraîné plus de décès dans les guerres. Selon les ressources démographiques de l'UNESCO, une augmentation annuelle de 0,2 % est nécessaire pour assurer une croissance durable de la population humaine, alors qu'une augmentation de 0,02 % par an est décrite comme une catastrophe démographique. Il n'existe aucune preuve qu'une telle catastrophe se soit jamais produite pour la race humaine. Il n'y a donc aucune raison de supposer que le taux de croissance des anciens temps différait radicalement de celui d'époques plus tardives.

Ces contradictions m'ont conduit à soupçonner l'existence d'un vide entre les dates historiques attribuées à l'empire romain et celles suggérées par les calculs ci-dessus. Mais il existe d'autres paradoxes dans les archives historiques de l'humanité. Comme je l'ai déjà noté, il y a des vides semblables de plusieurs siècles dans le développement technologique et scientifique. Remarquez que la connaissance et la technologie traditionnellement associées à l'ancien monde disparaissent probablement pendant l'Âge Sombre (période entre la fin de l'empire romain et la pré-Renaissance, NdT) pour ne refaire surface qu'au 15ème siècle au début de la Renaissance. L'histoire des mathématiques fournit un tel exemple. En classant chronologiquement et logiquement les avancées mathématiques majeures, qui démarrent avec l'arithmétique et la géométrie grecques et finissant avec l'invention du calcul avec Isaac Newton (1643-1727) et Leibnitz (1646-1716), nous voyons un fossé de 1000 ans séparant l'antiquité de la nouvelle ère. N'est-ce qu'une coïncidence ? Mais qu'en est-il de l'astronomie, de la chimie (alchimie), de la médecine, de la biologie et de la physique ? Il y a trop d'incohérences et de mystères inexpliqués dans l'histoire antique. Aujourd'hui nous sommes incapables de construire de simples objets fabriqués dans les temps anciens de la manière dont ils ont été créés à l'origine – ceci à une époque où la technologie a produit la navette spatiale et où la science est sur le point de cloner un corps humain ! Il est grotesque d'accuser de la perte de tous les secrets perdus du passé l'incendie qui a détruit la bibliothèque d'Alexandrie, comme certains l'ont suggéré.

Il est dommage qu'à chaque fois qu'un paradoxe historique se produit, nous soyons laissés sans réponses satisfaisantes et qu'on nous persuade que les anciennes connaissances sont perdues. Au lieu de mépriser les faits qui ne concordent pas avec l'interprétation traditionnelle, nous devrions les accepter et passer la théorie au crible de la rigueur scientifique. Les explications de ces paradoxes et contradictions ne devraient pas être abandonnés aux seuls historiens. Ce sont des problèmes scientifiques et multidisciplinaires et, à mon avis, l'histoire – en tant que seule science naturelle – est incapable de les résoudre toute seule.

Je pense qu'on devrait soigneusement étudier la chronologie des développements technologiques et scientifiques. Les trop nombreuses affirmations de merveilles technologiques de l'antiquité transforment l'histoire en science fiction (par ex, la production des monolithes de pierre en Égypte, les calculs astronomiques précis obtenus sans horloge mécanique, les objets en verre et les miroirs fabriqués il y a 5000 ans et ainsi de suite). Il est malheureux que des historiens rejettent une incursion scientifique dans leur domaine. Par exemple, l'explication la plus raisonnable de la technologie de construction des pyramides, exposée par le chimiste français Joseph Davidovits (le créateur de la technologie du géopolymère)[voir vidéo], a été rejetée par les égyptologues, qui refusèrent de lui procurer des échantillons du matériau des pyramides.

J'ai lu plusieurs livres écrits par deux mathématiciens de l'université d'état de Moscou : l'académicien A.T. Fomenko et G.V. Nosovskij. Les livres décrivent le travail d'un groupe de mathématiciens professionnels, dirigés par Fomenko, qui avaient examiné les questions de chronologie dans l'antiquité et au moyen-âge avec de fascinants résultats (voir note en fin d'article). Grâce aux méthodes de mathématiques et de statistiques modernes, ainsi que des calculs astronomiques précis, ils ont découvert que l'histoire ancienne avait été artificiellement rallongée de plus de 1000 ans. Pour des raisons dépassant mon entendement, les historiens ignorent toujours leur travail.

Mais retournons aux mathématiques et à la Rome ancienne. Le système numérique romain décourageait des calculs sérieux. Comment les romains de l'antiquité pouvaient-ils construire des structures élaborées comme des temples, des ponts et des aqueducs sans calculs précis et détaillés ? La carence la plus importante des chiffres romains est qu'ils sont complètement inadéquats même pour réaliser une simple opération comme une addition, sans parler de multiplications, qui présente des difficultés substantielles (voir figure 2). Dans les premières universités européennes, les algorithmes pour la multiplication et la division à l'aide des chiffres romains étaient des sujets de recherche doctorale. Il est absolument impossible d'utiliser les chiffres romains inadaptés pour des calculs multi-niveaux. Le système romain ne possédait pas de "zéro". Les plus simples opérations décimales ne peuvent être exprimées avec les chiffres romains.

 Essayez d'additionner les chiffres romains : MCDXXV+ MCMLXV ou de multiplier DCLIII par CXCIX

Essayez d'écrire une table de multiplication en chiffres romains. Comment faire pour les fractions et les opérations avec fractions ?

Malgré toutes ces faiblesses, les chiffres romains seraient restés la représentation prédominante des chiffres dans la culture européenne jusqu'au 14ème siècle. Comment les anciens romains parvenaient-ils à faire leurs opérations et leurs calculs astronomiques compliqués ? On pense qu'au 3ème siècle, le mathématicien grec Diophante aurait pu trouver des solutions positives et rationnelles pour le système d'équation suivant, appelé aujourd'hui "diophantien":

x1 3 + x2 = y3
x
1 + x2 = y

Selon les historiens, à l'époque de Diophante, un seul symbole était utilisé pour une inconnue, le symbole pour "plus" n'existait pas, il n'y avait pas non plus de symbole pour "zéro". Comment pouvait-on résoudre les équations diophantiennes à l'aide des lettres grecques ou des chiffres romains ? Ces solutions peuvent-elles être reproduites ? Avons-nous affaire ici à un autre secret de l'histoire ancienne que nous ne sommes pas supposés remettre en question ? Faisons remarquer que même Léonard de Vinci, au début du 16ème siècle, avait des soucis avec les puissances fractionnées. Il est également intéressant que dans toute l'œuvre de Vinci, il n'y ait pas trace du "zéro" et qu'il utilisait 22/7 comme approximation de Pi – c'était probablement la meilleure approximation de Pi disponible à l'époque.

Se pencher aussi sur l'invention du logarithme est intéressant. Le logarithme d'un nombre x (pour une base 10) exprime simplement le nombre de chiffres dans la représentation décimale de x, il est donc clairement connecté à l'idée d'un système numérique positionnel. Il est évident que les chiffres romains ne pouvaient avoir conduit à l'invention des logarithmes.

Connaître la chronologie de notre histoire est important et pas seulement pour les historiens. Si les dates de l'antiquité sont vraiment incorrectes, il pourrait y avoir de profondes implications pour nos croyances sur le passé et aussi pour la science. Connaître l'histoire est important pour mieux comprendre notre situation actuelle et les changements qui se produisent autour de nous. D'importants problèmes comme les changements climatiques et environnementaux dépendent des données historiques consultables. Les archives astronomiques pourraient avoir une signification complètement différente si les événements décrits prennent place à des époques différentes de celles fournies par la chronologie traditionnelle. Je crois que la jeune génération n'aura pas peur des dogmes historiques "intouchables" et se servira des connaissances contemporaines pour contester les théories discutables. Renverser le rôle subordonné que joue la science pour l'histoire est sûrement une opportunité passionnante de même que créer des domaines complètement nouveaux de recherche scientifique.

Source : http://bistrobarblog.blogspot.fr/2013/07/remise-en-question-de-la-chronologie-de.html

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