Les médias au service des oligarchies et des puissants - Sept 2013

media1Une opinion publique méfiante croit, non sans raison, que les médias et notamment les grands quotidiens nationaux, servent les puissants parce que leurs propriétaires ne sont pas des patrons de presse mais plutôt des financiers ou des industriels.

Le temps des Beuve-Méry et autres Jean Daniel est révolu.

Le Monde, Libé, Le Point et bien d’autres journaux sont tenus par des industriels, comme du reste la première chaîne de télévision sur le clavier de la télécommande mais aussi par l’audience, sans oublier les autres chaînes en libre accès sur la TNT.

L’opinion pense alors que les journalistes sont muselés par leur patron, hésitant à publier des reportages pouvant gêner les activités financières et industrielles des propriétaires de médias.

Ou même à écrire des choses pas très convenables sur le monde économique.

Ainsi, les gens de la rue se méfient des médias, croyant que les journalistes sont aux ordres du système. Ce faisant, les gens sont copieusement leurrés car la connivence entre médias et puissants est bien plus subtile, sans être organisée, car l’esprit des médias se propage tel un cortège d’ectoplasmes par-delà les patrons de chaînes et journaux.

La propagation de l’idéologie ultralibérale avec la promotion de la réussite matérielle, des parvenus et autres célébrités, ne repose pas sur une ligne rédactionnelle imposée par les patrons de médias mais sur un phénomène médiatique bien plus subtil qu’on pourrait appeler la gentrification des studios de télé et radio. L’espace médiatique fonctionne comme un milieu urbain avec des critères de sélection bien plus drastique.

On n’occupe pas un plateau de télé comme une place dans un centre ville huppé. Par contre, occuper un logement dans ces quartiers chics demande des moyens financiers important et c’est ce phénomène que les sociologues appellent gentrification. Les couches sociales les plus basses sont maintenues à la périphéries alors que l’argent devient un moyen de sélection pour habiter dans les quartiers des centres-villes baptisés avec des noms évocateurs. A Bordeaux, on connaît le triangle d’or cerné par trois artères aux enseignes prestigieuses.

A Nice, c’est le carré d’or, qui court du boulevard Gambetta jusqu’à la place Masséna et qui en fait est un rectangle limité au nord par le boulevard Victor Hugo. Dans les médias, il y a les studios des matinales de radio et les deux plateaux du JT de 20 heures sur la Une et la Deux. C’est un peu l’équivalent des quartiers en or. Pour y pénétrer, il faut une notoriété importante et le plus souvent, disposer d’un niveau de vie conséquent.

Les médias concourent ainsi à doter les personnalités d’un capital image. On pense en général que les célébrités sont conviées sur les plateaux télé parce qu’elles ont une importance et jouent un rôle utile dans la société. C’est souvent l’inverse. Il suffit de passer régulièrement aux heures de grande écoute pour paraître important. Le phénomène ne date pas d’hier. Déjà le sociologue Cazeneuve, alors président de l’ORTF, avait analysé la naissance du phénomène de starisation en concluant que la télévision octroyait à des personnes bien ordinaires une notoriété usurpée.

Le phénomène s’est intensifié avec la multiplication des chaînes. Dans les talk show à grande écoute, on peut voir les médiarques s’inviter mutuellement. Nagui ou Patrick Sébastien par exemple. Qu’ont-ils fait ? Sauver des gens au péril de leur vie, faire des découvertes scientifiques, composer ou écrire des œuvres, négocier des tournants politiques critiques, écrire des essais fulgurants ? Non, juste amuser et divertir.

On notera que le cumul des apparitions médiatiques est devenu courant, dans tous les secteurs du divertissement, jeux télévisés, variété, cinéma, chansonnette, livres grand public et même la politique qui est devenu un divertissement. Les ministres passent chez Ruquier ou Ardisson. D’insipides chanteurs sont régulièrement invités et les autres fois, ce sont de piètres humoristes qui ne font même plus rire. On s’étonne du fiasco de Sophia Aram sur la Deux mais cette fille est un fiasco. N’importe quelle oreille attentive le savait, après avoir écouté ses fades prestations dans la matinale d’Inter.

D’autres faits médiatiques méritent une analyse, montrant que les plateaux sont à l’instar des clubs select comme le Jockey ou le Rotary, ouverts moyennant un statut très spécial. On aura remarqué que les gens sélect bénéficient d’avantages dont ne dispose pas le citoyen ordinaire, par exemple lors d’une mise en cause dans une affaire. Le citoyen ira devant les tribunaux s’expliquer mais la célébrité peut à certaines occasions se défendre sur le plateau du JT. On l’a constaté souvent, pour des managers comme J.M. Messier, des affairistes comme B. Tapie, des politiciens comme J.M Cahuzac.

Les autres fois, ce sont des chanteurs ou acteurs déjà surexposés qui viennent parfaire leur promo. Cette visibilité médiatique assortie d’un cumul et d’une surexposition finit par engendrer auprès du public la représentation d’un monde supérieur, séparé, fait d’individus méritant leurs avantages et doués d’une aura qui est souvent artificielle. Les médias contribuent à renforcer le monde des puissants, des dominants, des oligarques. Les gens de la rue peuvent alors se sentir dépréciés, privés de talent, d’estime, de reconnaissance, destinés à accepter le sort économique que le système leur accorde.

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Le jeu médiatique est idéologiquement orienté mais sans coordination. Simplement une soumission des responsables médiatiques face aux puissants, dominants et autres célébrités qu’ils se plaisent à bousculer de temps à autre pour laisser accroire à une liberté de la presse mais face auxquels ils montrent une révérence bien récompensée car par le jeu de miroir les médiarques se donnent une prestance et une aura proportionnelle aux rayonnement médiatique de leurs invités. Tout ce « beau monde » se regarde dans la glace et se voit dans le miroir de la classe supérieure, légitimant une conscience de classe diffusée dans les populations.

Les directeurs et autres producteurs d’émissions de masses ont en effet des revenus assez conséquents, 5 à 10 milles euros le mois, voire plus, et les animateurs encore plus ce qui ne peut que les inciter à quelque connivence avec l’hyper classe qui émarge bien plus haut. Les gens de peu n’ont que peu de visibilité médiatique. Quelques séries télé leur sont dédiées, entre Louis la brocante et la famille d’accueil. Les médias légitiment la place des puissants en la renforçant tout en proposant aux populations des émissions de divertissement sur la cuisine, la déco et le jardinage. Les intellectuels invités sur les plateaux de grande écoute ne font que légitimer le système ou à en livrer une contestation tellement vaine et irréalisable qu’elle devient la complainte des gens frustrés autant que la justification en filigrane iconique des maîtres du système.

Cela étant établi, on pourra questionner un peu plus en profondeur ce que révèle le phénomène de visibilité médiatique des élites, autrement dit de gentrification des plateaux de télévision. Comme dans les systèmes vivants, l’organisation d’un système, qu’il soit moléculaire ou social, repose sur une organisation de l’information. La gentrification des médias participe à la loi d’organisation et de domination des élites du système grâce à cette surexposition. Une bataille se joue sur l’occupation du terrain.

On peut lui opposer les principes de civilisation bien peu armés pour lutter contre un système qui rassemble en une connivence universelle ceux qui admirent, les populations de l’âge technumérique, et ceux qui se font admirer, les puissants, les célébrités, les élites. Finalement on ne découvre rien de neuf. La communication et les images ont toujours été l’instrument des puissants. Les médias contemporains ne sont qu’un moyen perfectionné et transformé pour cette emprise du monde des élites qui cette fois a gagné la lutte des classes. Parce que les gens ne lisent plus en s’appropriant le sens du monde.

Les médiarques ne sont pas des valets, ni des domestiques, ils prennent une bonne part d’avantage (aura et revenus) en déroulant le tapis face aux puissants, se croyant eux aussi devenus des maîtres au point de jouer les justiciers, les moralistes, les professeurs d’allégeance, les comptables de l’économie, les staliniens en costume de Zorro, les prescripteurs, appuyant notamment les options militaristes du président. Les médias sont presque devenus l’instrument d’une dictature exercée sur les consciences, pire que les religions d’antan mais les citoyens ont les moyens de résister et s’ils ne le font pas, ne les plaignons pas, ils ne sont pas les victimes mais les coupables de ce déni de civilisation.

Source : http://www.chaos-controle.com/archives/2013/09/27/28103010.html

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